Depuis le 1er janvier 2022, la réglementation RE2020 a modifié la façon dont nous concevons et construisons les bâtiments neufs en France, en plaçant la réduction des consommations et des émissions au cœur du processus. À partir du 1er janvier 2025, des exigences supplémentaires entrent en vigueur pour les permis de construire, avec des seuils environnementaux et énergétiques resserrés pour les maisons individuelles, les logements collectifs et certains bâtiments tertiaires.
Synthèse :
RE2025 resserre les seuils carbone et énergie dès 2025 : en calant conception, matériaux et systèmes dès l’APS/PC, vous sécurisez le permis et abaissez vos coûts d’exploitation.
- Carbone: validez IC Construction et IC Énergie dès l’étude; en collectif, ciblez ~260 kgCO₂e/m² (50 ans); privilégiez bois/chanvre/paille, préfabrication et approvisionnement local; collectez les FDES/PEP.
- Énergie: réduisez la demande avant les systèmes (enveloppe, compacité, orientation) pour tenir un CEP < 75 kWh/m²/an selon les cas; traitez ponts thermiques et ventilation.
- Systèmes: optez pour des solutions décarbonées (pompes à chaleur, réseaux de chaleur, ENR); fioul interdit; verrouillez dimensionnement, régulation et contrat de maintenance.
- Confort d’été: intégrez protections solaires, inertie, ventilation nocturne et vitrage adapté pour limiter le refroidissement mécanique.
- Accessibilité & sécurité: prévoyez largeurs, seuils et commandes conformes; coordonnez sécurité incendie, acoustique et matériaux biosourcés dès les plans.
Comprendre la réglementation RE2020 et RE2025
La RE2020 est une réglementation environnementale et énergétique qui s’applique aux constructions neuves. Elle vise à limiter l’impact climatique des bâtiments sur l’ensemble de leur cycle de vie et à améliorer leur performance énergétique.
La version dite RE2025 reprend et renforce les ambitions de la RE2020 en précisant de nouveaux indicateurs, seuils et modalités d’attestation pour tous les permis déposés à partir de 2025. Les exigences concernent autant la conception que les choix de matériaux et d’équipements.
Les exigences principales de la RE2020/2025
Les exigences se déclinent autour de trois leviers : l’empreinte carbone, la performance énergétique et la qualité d’usage. Ces axes déterminent les choix techniques en phase d’études et de chantier.
Seuils d’empreinte carbone
Avant toute décision sur les systèmes, la réglementation impose de mesurer l’empreinte carbone du projet via deux indicateurs : IC Construction (impact des matériaux et chantier) et IC Énergie (émissions liées aux consommations sur 50 ans). Ces indicateurs servent à limiter les émissions incorporées et opérationnelles du bâtiment.
La RE2025 abaisse nettement les seuils. Par exemple, pour les logements collectifs, l’IC Énergie peut passer d’environ 560 kgCO₂e/m² sur 50 ans à 260 kgCO₂e/m² selon les catégories et modalités définies par décret. Cette baisse vise à inscrire la construction dans la trajectoire vers la neutralité carbone 2050.
Concrètement, cela signifie que nous devons privilégier des filières à faible émission sur l’ensemble de la chaîne : approvisionnement local, préfabrication pour limiter les déchets, et matériaux à faible contenu carbone. Les bureaux d’études doivent fournir des bilans carbone complets dès l’étude APS/PC.
Ces seuils entraînent aussi des choix de dimensionnement : optimiser la durée de vie des éléments, prévoir des reprises faciles et documenter les performances pour les attestations administratives demandées lors du dépôt de permis.
Performance énergétique
Avant d’orienter le choix des systèmes, la conception énergétique doit être optimisée : enveloppe thermique, compacité, orientation et gestion des apports solaires. Ces paramètres réduisent la demande et rendent les solutions techniques plus performantes.
La limitation de la consommation d’énergie primaire (CEP) est plus stricte en 2025 : pour certains logements, le seuil descend en dessous de 75 kWh/m²/an. L’objectif est de réduire fortement la consommation sur le long terme, ce qui influe sur l’isolation, la ventilation et la conception des parois.
La réglementation favorise les systèmes sobres et décarbonés. Les pompes à chaleur, les réseaux de chaleur à faibles émissions et les installations à base d’énergies renouvelables doivent être privilégiés. L’utilisation de chaudières au fioul est désormais proscrite pour les constructions neuves.
Sur les systèmes, la stratégie est claire : limiter la demande par conception, puis répondre avec des équipements performants. Le dimensionnement des installations, la régulation et la maintenance deviennent des sujets à contractualiser dès la phase de conception.
Pour clarifier l’impact des nouvelles exigences, voici un tableau comparatif synthétique des indicateurs et seuils représentatifs.
| Indicateur / Valeur | Situation RE2020 (repère) | Objectif RE2025 (exemple) |
|---|---|---|
| IC Énergie (logements collectifs) | ~560 kgCO₂e/m² (50 ans) | ~260 kgCO₂e/m² (50 ans) |
| IC Construction | Seuils modulés selon typologie | Seuils abaissés, forte incitation aux biosourcés |
| CEP (consommation primaire) | Repères variables (autour de 100 kWh/m²/an) | <75 kWh/m²/an pour certains logements |
| Systèmes énergétiques | Transition vers renouvelables | Pompes à chaleur et ENR privilégiées; fioul interdit |
Matériaux bas carbone et biosourcés
La RE2025 met la pression sur le choix des matériaux. Le bois, le chanvre, la paille et d’autres isolants biosourcés deviennent des options privilégiées pour réduire l’IC Construction.
Ces matériaux offrent plusieurs bénéfices : réduction des émissions incorporées, stockage du carbone, et souvent une meilleure empreinte lors de la fin de vie. Ils doivent toutefois être choisis en tenant compte de la durabilité, de la compatibilité hygrothermique et des ressources locales.
Sur le plan de la conformité, l’emploi de filières bas carbone facilite l’obtention des attestations de respect de la réglementation. Les bureaux d’études doivent documenter les profils environnementaux des produits (FDES, PEP) et intégrer ces valeurs dans l’étude d’impact.
Nous recommandons d’intégrer ces choix dès les esquisses : dessiner des structures permettant l’emploi du bois, prévoir les détails d’étanchéité et de ventilation adaptés aux isolants naturels, et planifier la logistique d’approvisionnement.
Confort d’été et qualité d’usage
La lutte contre la surchauffe devient plus contraignante : la RE2025 renforce les seuils liés au confort d’été (indicateur de surchauffe). La conception bioclimatique et les protections solaires sont désormais des éléments évalués.

Un bâtiment performant en été combine inertie, ventilation adaptée, protections solaires actives ou passives et vitrage approprié. Ces solutions limitent les besoins en refroidissement mécanique et améliorent la résilience face aux canicules.
Température et hygrothermie
Le contrôle des températures en période chaude passe par une stratégie globale : orientation, brise-soleil, occultation et inertie. Le dimensionnement des vitrages et la gestion des ponts thermiques sont des points techniques à vérifier en phase APS/PC.
La qualité hygrothermique conditionne la durabilité des matériaux biosourcés et le confort perçu. Une ventilation performante et des détails d’étanchéité adaptés évitent les désordres et assurent une ambiance saine pour les occupants.
Acoustique et durabilité des matériaux
La qualité d’usage inclut des exigences acoustiques : isolation phonie pour le collectif, traitement des transmissions entre logements et du bruit d’équipements. Ces critères influencent la composition des parois et les solutions constructives.
Choisir des matériaux durables et bien détaillés réduit les interventions futures et les remplacements prématurés. La durabilité fonctionnelle est un levier pour réduire l’empreinte globale et limiter les coûts de cycle de vie.
Accessibilité et sécurité
La conformité ne porte pas que sur l’environnement : l’accessibilité et la sécurité restent des priorités réglementaires, renforcées pour certains types de bâtiments en 2025.
Pour le collectif, les exigences d’accessibilité sont strictes : largeur minimale des passages, seuils abaissés, hauteur des commandes adaptées. Ces règles doivent être intégrées dès la conception des circulations et des sas.
Accessibilité
Les contrôles administratifs sont plus fréquents et portent sur des points mesurables. Il faut prévoir des plans d’implantation respectant les dégagements, l’accessibilité aux logements et aux parties communes, ainsi que des solutions pour personnes à mobilité réduite.
Les menuiseries, les paliers d’ascenseur, les rampes et les commandes doivent être dimensionnés et documentés. Les études d’ergonomie et les repérages sur site limitent les ajustements coûteux en phase chantier.
Sécurité
Les normes de sécurité incendie, les garde-corps et les vitrages de sécurité demeurent applicables et complémentaires aux exigences environnementales. La conformité incendie est évaluée indépendamment mais doit être coordonnée avec les solutions structurelles et les matériaux choisis.
Il est nécessaire d’anticiper les interfaces entre exigences de sécurité et choix bas carbone : certains matériaux biosourcés demandent des traitements ou des solutions techniques pour répondre aux contraintes feu sans compromettre l’empreinte carbone.
Checklist opérationnelle pour la conformité
Voici une liste de points à valider avec votre équipe de maîtrise d’œuvre, BET et constructeur pour garantir la conformité RE2020/RE2025.
- Votre projet respecte-t-il les seuils d’IC Construction et d’IC Énergie pour la typologie concernée ?
- Quelles mesures ont été prises pour optimiser la consommation d’énergie primaire (CEP) : enveloppe, orientation, ventilation ?
- Quels matériaux biosourcés ou bas carbone envisagez-vous d’utiliser et quelles FDES/PEP les accompagnent ?
- Quelles solutions sont mises en œuvre pour assurer le confort d’été : protections solaires, inertie, ventilation nocturne ?
- Comment l’accessibilité sera-t-elle garantie dans les espaces communs et les logements (largeurs, hauteurs, commandes) ?
- Quelles normes de sécurité seront appliquées (feu, garde-corps, vitrages) et comment s’intègrent-elles au choix des matériaux ?
Nous conseillons d’obtenir des réponses documentées à chaque point avant le dépôt du permis afin d’éviter des retours administratifs et des surcoûts de mise en conformité en phase chantier.
Ressources supplémentaires
Plusieurs documents administratifs et guides techniques vous aideront à approfondir la conformité : les modèles d’attestation de respect de la RE2020, le guide méthodologique sur l’évaluation carbone des bâtiments, ainsi que les décrets et arrêtés précisant les seuils applicables depuis fin 2024.
Les attestations à fournir au moment du permis décrivent les valeurs à reporter pour les indicateurs IC et CEP et les pièces à joindre. Les guides techniques détaillent les méthodes de calcul et les bonnes pratiques de conception bioclimatique, d’isolation et de ventilation.
Enfin, les fiches produit (FDES / PEP) et les bilans environnementaux fournis par les fabricants restent des éléments clés pour documenter l’IC Construction et justifier les choix de matériaux auprès des services instructeurs.
Consultez aussi notre article sur le coût des diagnostics immobiliers obligatoires pour mieux anticiper les pièces à fournir et leur budget.
En résumé, la RE2025 élève le niveau d’exigence sur l’empreinte carbone, la consommation énergétique, le confort et l’accessibilité. Pour un entrepreneur ou un maître d’ouvrage, cela impose de coordonner en amont conception, choix de matériaux et systèmes, et d’obtenir des preuves documentées pour chaque indicateur.
